Le massif sous surveillance

Le renouvellement


On constate une sous-exploitation de la forêt pyrénéenne, ce qui entraîne une forte capitalisation de bois et aggrave localement le vieillissement de la forêt pyrénéenne, en grande partie en raison des difficultés d’accès. Au-delà des conséquences négatives du vieillissement des forêts que l’on connaît bien sur le plan économique, ce vieillissement peut avoir des conséquences au plan environnemental et au niveau des risques :

- les peuplements non éclaircis deviennent très instables et fragiles face aux évènements climatiques ;
- l’accumulation de gros bois entraîne une surcharge des bassins versants et peut donc constituer un danger pour les secteurs aval ;
- la fermeture du couvert et des milieux se traduit par une perte de biodiversité ;
- l’accumulation de matériaux en décomposition se traduit par une diminution de la contribution quantitative au cycle mondial du carbone et donc aux actions de lutte contre l’effet de serre, une exploitation raisonnée de cette ressource est préférable pour fixer le carbone dans le bois mis en oeuvre.

Il parait essentiel de souligner le paradoxe existant entre l’importance de la ressource, qui vieillit et s’accumule sur pied, et la diminution, voire la disparition, des possibilités de valorisation de cette ressource, essentiellement en raison des difficultés et des coûts de mobilisation. Or, des axes de relance existent aujourd’hui et des objectifs prioritaires sont reconnus au plan économique :

- Mobilisation des bois à travers des actions techniques et économiques : desserte, câble, transport des bois, parcs à bois, contractualisation d’approvisionnement,  vente de bois façonnés
- Valorisation de la ressource : soutien à la certification, amélioration de la compétitivité des entreprises de 1ère et 2ème transformations, soutien à la formation et au recrutement, développement du bois énergie et du bois de construction.

Le climat et la forêt

L’état sanitaire de la forêt pyrénéenne est globalement satisfaisant, hormis pour le sapin pectiné à l’est du massif (sapin de l’Aude). De plus, avec les phénomènes successifs de sécheresse constatés depuis quelques années, on observe dans les pinèdes, en particulier sur le versant espagnol, le développement de populations d’insectes xylophages (Ips notamment) qui pourraient devenir de véritables ravageurs en cas de sècheresse persistante ou d’accidents climatiques.
Il convient donc d’être très vigilent face au changement climatique, et de rester attentif au maintien de l’équilibre agro-sylvo-pastoral du massif qui entretient des coupures entre les masses forestières et accroît ainsi leur capacité d’auto défense face à la propagation des agents pathogènes et des ravageurs.

Les risques d'incendies

Les incendies de forêts représentent l’une des principales menaces des systèmes forestiers. La forte récurrence et la gravité qu’ils présentent entraînent une dégradation du milieu forestier qui peut, dans certains cas, devenir irréversible ou présenter une réversibilité extrêmement lente à échelle humaine. Les facteurs qui, entre autres, favorisent l’apparition des incendies de forêts dans le massif pyrénéen sont nombreux : structures de végétation extrêmement sensibles au phénomène des incendies, climat, actions anthropiques ancestrales qui ont conservé le feu comme instrument de gestion et de régulation/contrôle de la végétation, dépeuplement des zones rurales et par conséquent, recolonisation par les forêts des terrains abandonnés, diminution de l’extraction de produits ligneux, qui a favorisé la continuité des strates dans les peuplements forestiers.

Ces caractéristiques intrinsèques font que le phénomène des incendies est une menace constante pour les forêts, avec en général un caractère saisonnier marqué. Dans les zones où le phénomène des incendies est particulièrement significatif, la gestion forestière doit intégrer la prévision, la prévention (gestion des combustibles, équipement des massifs…) et la lutte.
Côté français, la zone pyrénéenne est essentiellement concernée par les problèmes d’écobuages et de brûlages des secteurs de pâturage mal contrôlés. Toutefois, les feux relativement importants constatés pendant la canicule de l’été 2003 en Ariège laissent craindre une évolution des risques de feux estivaux. Sur le secteur Languedoc-Roussillon, la problématique est beaucoup plus complexe, liée à l’influence méditerranéenne. Les problèmes y sont donc plus importants, à rapprocher de ceux rencontrés en Catalogne espagnole.
Côté espagnol, depuis les années 1960, il s’est produit une série de changements structurels et territoriaux ayant une incidence directe sur l’augmentation du nombre et des effets des incendies de forêts sur tout le territoire. L’abandon de vastes régions agricoles, le changement des usages et de l’exploitation des forêts, la croissance du réseau d’infrastructures telles que les routes, autoroutes ou lignes électriques qui croisent les massifs forestiers, la construction de lotissements près de massifs forestiers surtout dans les années 1970, et l’augmentation de l’affluence humaine dans la forêt, résultant des nouveaux modes de loisirs, sont des facteurs à prendre globalement en considération dans la prévention des incendies de forêts. L’objectif est de renforcer les actions de prévention et d’améliorer la rapidité et l’organisation des opérations d’extinction des incendies de forêts. Les grands changements subis par les exploitations pastorales traditionnelles en haute montagne ont entraîné une diminution de l’exploitation des pâturages naturels et du fauchage de l’herbe pour l’hiver, en particulier dans les prairies les plus proches des villages de haute montagne. Cette situation a entraîné la formation de grandes accumulations d’herbe sèche inexploitée, qui représente un haut risque potentiel d’incendies de forêts.


La gestion des risques naturels

Côté français, depuis plus de 150 ans, un travail énorme de restauration des terrains en montagne - travaux de génie civil et de génie biologique (en particulier reboisements) - a été réalisé sur toute la chaîne pyrénéenne. Les peuplements forestiers de protection contre les risques d’avalanche, d’éboulement, de glissements de terrain, d’inondations, etc., sont souvent situés dans des conditions difficiles et connaissent aujourd’hui un vieillissement. Ainsi, les boisements réalisés depuis plus d'un siècle dans les «périmètres de restauration des terrains en montagne», sont confrontés à des problèmes de renouvellement. De plus, de nombreux ouvrages de restauration et de protection nécessitent un entretien régulier voire une rénovation importante.

Côté espagnol, la «restauration hydrologique-forestière» a constitué un des axes centraux de la politique forestière de l’Administration espagnole pendant une grande partie du XXème siècle. En 1901 le Service Hydrologique Forestier fut chargé «du reboisement, de la correction torrentielle et de la restauration des montagnes dans les principaux bassins hydrographiques d’Espagne». Cependant, avec le temps, ce service perdit de son importance administrative pour finir par transférer la restauration hydrologique-forestière aux Confédérations Hydrographiques. Certains épisodes catastrophiques relativement récents survenus dans les Pyrénées, tel le débordement du Torrent Arás dans la Vallée de Tena (Pyrénées Aragonaises) en 1996, ont mis en évidence la nécessité d’augmenter les moyens consacrés à la gestion des risques naturels dans le cadre de la restauration hydrologique-forestière. Concrètement, le Plan Forestier Espagnol actuel évalue l’investissement nécessaire en la matière à près de 10 fois celui réalisé entre 1990 et 1999.



Source : Le livre blanc des forêts pyrénéennes, mars 2007.
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